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Mines en Corbières


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Identité Détails Photos
La Canal
Commune : Palairac Intérêt : 4/5
numéro : 67 icone Boucle randonnée :
9
Latitude (°)/UTM : 42xxxxx/Nxxxxx Longitude (°)/UTM : 2xxxxx/Exxxxx Parcelle(s) cadastrale(s) :
C3 437
Type : Galerie Police : Maire Propriétaire :
Commune
Minéralisation principale : Cu
Dernière concession :
La Bousole
Période(s) d'activité :
Romaine, Moyen Âge, XVII, XVIII, XIX, XX

La Canal

Accès

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Etat

Galerie d'exhaure d'une mine dont le coeur n'est plus connu. Très bien conservée, sa création date probablement de l'époque romaine. Avec ses 250 m de long c'est la plus grande galerie de cette époque des Corbières.
Elle sert de captage pour l'eau potable de la commune de Palairac et à ce titre est fermée par une grille.

Souhait dans le cadre des boucles de randonnées

Ouvrage exceptionnel mais qu'on pourra difficilement faire visiter. Le périmètre de protection lié au captage empêche toute utilisation touristique. Le promeneur pourra voir l'entrée et le début de la galerie à travers la grille, ce qui est déjà spectaculaire en soi.

Minéralisations

Cu, Pb, Ag, As, Sb, Hg, S : bournonite (PbCuSbS3), cuivre gris (Panabase=tétrahédrite (Cu,Fe)12Sb4S13), cérusite , malachite (Cu2(CO3)(OH)2), azurite (Cu3(CO3)2(OH)2), galène (PbS), un peu de mispickel (ou arsénopyrite FeAsS) et probablement de la stibine (Sb2S3)

Description et Historique

La galerie fait près de 250 m de long. A environ 220 m une porte en fer interdit de poursuivre : derrière cette porte se trouve le captage d'eau de Palairac. 30 m plus loin encore se trouve un second captage recouvert d'une dalle de béton. Juste derrière, un mur obstrue la galerie, mais une petit grille permet un étroit passage vers le fond de celle-ci. Un puits noyé clôt la branche principale. Sur le côté droit, des travaux de recherche existent au niveau du sol, presque complètement comblés. Sur la gauche, vers le Nord, un galerie de 10 m se termine par un mur qui empêche l'accès à l'éboulement situé derrière. Cet éboulement serait l'effondrement de travaux supérieurs de la mine le long d'un puit vertical qui remonterait à la surface 80 m plus haut mais qui n'est plus localisé. Au niveau du second captage une croix grecque d'environ 30 cm est gravée dans la paroi.
La plupart des commentateurs depuis le XVII attribuent le percement de cette galerie aux romains ou aux maures. C'est un ouvrage exceptionnel, percé à la pointe et au feu, tout à la main. Son excécution a du demander plusieurs années. Il fallait que la mine à laquelle cette galerie donnait accès et servait d'exhaure soit particulièrement intéressante. Personne ne connait ce coeur de la mine : l'effondrement n'a jamais pu être résorbé.
Le nom de La Canal vient d'un canal creusé sur toute la longueur de la galerie, dans le côté droit en entrant. Ce canal était recouvert de pierres pour ne pas gêner la circulation et servait à évacuer l'eau de la mine.
Deux particularités et une légende villageoise sont attachées à cette galerie :
A l'extérieur, environ 20 m avant la grille d'entrée, des raynures sont creusées en vis-à-vis dans les parois rocheuses. Elles servaient probablement à glisser des vannes (des poutres) qui empêchaient ainsi la sortie de l'eau de la galerie. Pourquoi ?
Juste derrière la grille d'entrée se trouvent les feuillures et les encoches de la barre de verrouillage d'une porte qu'on ne pouvait verrouiller que de l'intérieur...
Les villageois de Palairac rapportaient la légende suivante. Louis XIV serait venu visiter cette mine. Il serait rentré à cheval jusqu'à un lac souterrain, y aurait jeté des pièces d'or et en aurait offert aux mineurs. Bien reçu au village, il aurait fait don du mobilier de l'église Saint Saturnin pour remercier les habitants de leur accueil.
La galerie de Lacanal est une des rares "mines" dont on possède de nombreuses descriptions dont la plus ancienne remonte au XVII.
Colbert, ministre de Louis XIV, se rendant compte de la dépendance de la France aux importations pour tout ce qui était métaux, essaya de relancer l'exploitation des mines en France.
Il envoya dans les années 1660 en Languedoc un ingénieur, César d'Arçon, qui fit une description très précise de la galerie :

« VII. De la Mine de Couuise ou de Peyre couverte.
Il se trouve quantité d'autres mines, tant de cuivre que de plomb & même d'antimoine dans le même pays des Corbières ; & particulièrement à Auriac, à Cascastel, & à Paleyrac, où les grands travaux qu'on y a fait autrefois dans un long valon nommé le champ des mines, paraissent encore en plusieurs endroits par la profondeur des ouvertures taillées dans le roc, par les décombrements, par les marcasssites & par la matière même qui s'y trouve parmy. »...« Les susdites ouvertures qui ont été faites en plusieurs endroits de la montagne au pied de laquelle étaient ces roignons : un petit filon qui en sort de même matière qu'eux & un gros filon d'Albezon jaunâtre qui en sort aussi & qui communiquaient tous deux avec le troisième roignon, montraient clairement lorsqu'on fit quitter ce travail, que le corps de la mine n'est pas loin de là dans cette montagne, & qu'elle s'y trouvera plus riche et plus abondante.
Ce qui résulte encore plus particulièrement de celle des ouvertures susmentionnées qui est la plus proche, appelée le canal par les gens du pays, & tenue de tous comme un Ouvrage des anciens romains. Cent mille francs n'en feraient pas faire à présent un pareil. Il est au pied de la montagne, tout creusé dans le roc, ayant six pieds de haut & autant de large. J'y suis entré jusqu'à 350 pas de profondeur à plain-pied. Les personnes qui me conduisaient & qui y avaient été vingt ans auparavant reconnurent aux grands décombrements qu'on y voit rangés à droite & à gauche & qui bouchent d'autres ouvertures, qu'on y avait depuis beaucoup travaillé. Elles me firent remarquer dans ce fond une autre ouverture qui descend du sommet de la montagne où elle apparaît en effet quoique bouchée & qui a par conséquent plus de 200 toises de profondeur. Il est évident que c'est par là qu'on avait ouvert cette mine, & que la basse ouverture où j'étais entré, est l'arbistol que l'on fit pour faire sortir les eaux qu'on y rencontra & qui en sortent toujours depuis comme une grosse source, à laquelle l'on avait aussi creusé dans le roc au fond de l'arbistol durant environ 50 pas, un canal large d'un pied & tout couvert de pierres plates afin qu'elle n'empêchât pas le travail. La grandeur de cet ouvrage & le reste de matière qui s'y trouve en quelques endroits, montre que c'était une mine d'argent. S'il y avait encore quelque chose à faire, l'on en pourrait tirer tout le décombrement avec un petit bateau qui en porterait plus d'une charretée à chaque fois, & qu'un homme seul conduirait juqu'a 50 pas hors de l'entrée. Car la source qui en sort sans jamais tarir, est si abondante, qu'étant arrêtée au dehors, elle donne dans une heure deux pieds en hauteur jusqu'à 250 pas au dedans »

Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel, a lui aussi donné une description de la mine, dans son mémoire pour la commission d'économie du District de Lagrasse en 1800, en reprennant en partie la description de César d'Arçon :
"L'arrondissement du ci-devant District de Lagrasse renferme des mines de différents métaux. Il y a deux mines d'argent, l'une a Couise au lieu dit la Canal près Maisons et Davejean. On a fait des travaux immenses et de la plus grande solidité pour l'exploitation de cette mine. On a trouvé au pied d'une montagne qui domine d'une manière marquante toutes celles qui l'environnent une galerie tracée dans le roc qui a six pieds de haut et autant de large, cette galerie a près de trois cent pieds de long. On y marche a plein pied, elle aboutit au puits dont on ne connait pas la profondeur, mais il serait aisé d'y descendre, les décombres qu'on trouve dans cette galerie prouve qu'on y a fait des grands travaux qu'on attribue aux romains. Au fond de cette galerie on voit une ouverture qui descend de haut de la montagne qui a plus de deux cent toises de profondeur, il est évident que c'est par cette ouverture qu'on avoit attaqué cette mine et que la galerie qui se trouve au bas de cette montagne avoit été faite pour l'écoulement des eaux considérables qu'on y rencontre et qui en sortent encore aujourd'hui comme un torrent si abondant qu'il donne étant arrêté dans une heure deux pieds d'eau en hauteur jusques a cent cinquantes pieds au dedans de la galerie.
Les romains utiliserent ce volume d'eau. Ils firent construire deux moulins placés à chaque coté de la galerie dont on voit encore des restes, ces moulins servoient a moudre le minerai et a le netoyer par le lavage pour le fondre avec plus d'aisance. On ne voit point à portée des vestiges de fonderie mais l'immensité des travaux et leur solidité doivent faire presumer que cette mine étoit fort riche en argent et peut-être regardée comme un filon principal, les filons qui se trouvent dans ce grand ouvrage marchent du sud au nord et sont a peu près de 78 a 80 pieds de pente. On ne voit pas leur puissance.
On devrait faire visiter cette mine par des ouvriers habiles et on pense qu'on parviendrait aisement sur le filon qui bien exploité pourroit donner beaucoup de proffit. On pourroit fondre le minerai à Maisons qui n'est qu'à un quart de lieu de cette mine et se servir du charbon de pierre pour la fonte, la mine de ce combustible se trouvant à trois lieues de la commune de Maisons."

Empruntons à Gauthier Langlois le reste de la description du site, rapportant les observations de Raymond Esparseil et Jean Louis Dubosc :

"Nous avons observé les traces de pointerolles sur les parois. Elles permettent de dire que la galerie a été percée d'un bout à l'autre depuis l’extérieur. Cependant, l'exploitation n'a pas commencé là, mais sur l'affleurement du filon que la galerie atteint en profondeur. (...)
Roger Hyvert et Raymond Esparseil ont vainement recherché l'ouverture de ce puits, qui devait se situer au lieu-dit les Miniès. Ce dernier se souvient cependant
"d'avoir jeté des cailloux avant la guerre de 1914, dans un puits qu'il n'a pu retrouver. Un vieux du pays, s'y étant aventuré dans sa jeunesse, est parvenu jusqu'a une galerie à moitié remplie d'eau. Il a pu apercevoir une porte en fer, rouillée, et de vieux outils. Le puits était stalagmifié."
C'est ce puits qu'avait remarqué Cesar d'Arçons, comme Jean-Louis Dubosc, qui avait lui aussi tenté de reprendre les travaux vers 1780. Il avait adressé au conseil des mines mis en place sous la Révolution, un mémoire dont voici un extrait :
Cette mine sur laquelle les anciens ont fait des travaux s'annonce sur la montagne de Puissegut par un filon de sulfate de barithe large de 12 pieds parmi lequel on aperçoit quelques grains de mine grise de cuivre. Ce filon se dirige du Nord au Sud. On croit dans le pays que les Maures ont commencé cette exploitation. Ils avoient approfondi sur la tête de ce filon de spath pesant un puits qui est écroulé.
On remarque sur le bord d'un ruisseau dans le bas de la montagne et à plus de 80 toises au dessous une superbe galerie qui est leur ouvrage. Elle est dirigée vers ce puits et coupe le filon à peu-près à angle droit. Cette galerie a 7 pieds de largeur sur 11 pieds d'élévation, elle fût ouverte dans un rocher fort dur et ses cotés taillés à la pointerolle sont parfaitements unis. Ils avaient pratiqué dans le bas un Canal en maçonnerie elevé de 18 pouces comme il est marqué à la figure cy-contre. Il servait à l'écoulement des eaux : il subsiste encore en son entier. L'ensemble de ce travail, est un chef d'oeuvre d'ouvrages de mines. (...) Il subsiste peu de choses de l'amas d'attraits sorti de leurs travaux. Les eaux ont tout enlevé (...)
La compagnie Roussel qui avoit la concession des mines du Roussillon 40 ans avant l'arrivée du citoyen Dubosc, entrepris le décombrement de cette magnifique gallerie ; mais ils n'avoient encore pénétrés qu'a la distance de 40 toises lorsque leur société vint à se désunir. (...)
Dubosc se disposoit à reprendre ses travaux avec la plus grande activité. Déjà ses ouvriers étoient en action pour s'occupper jour et nuit du décombrement de la grande galerie et des boiseurs disposoient les étançons pour recommencer le travail abandonné par les mineurs de Roussel. Ces travaux lui auroient moins couté sans doute que toutes les recherches multipliées, dans lesquelles la nature s'est constamment montrée ingrate à ses soins, et qui lui ont occasionné la perte de plus de cinquante mille écus.
A la suite d'un voyage qu'il venoit d'entreprendre pour se procurer un plus grand nombre de mineurs, il apprit qu'un particulier voisin qui possédoit une concession du coté de Narbonne avoit pretendu que cette mine faisoit partie de son privilège et qu'il se disposoit à y faire travailler. Dubosc ennemi des difficultés lui abandonna la gloire de faire l'ouverture de ces travaux ; il les a sans cesse regrettés et ce fut avec d'antant plus de raison que le citoyen Cascastel qui reclamoit alors cette mine ne s'en est jamais occupé que pour en empecher le travail dans cette circonstance".

Encore une petite précision par rapport à César d'Arçon. Au chapitre VIII de son "Advis à Colbert", il décrit un phénomène qui ne se produit plus. L'eau de la galerie sortait presque chaude alors qu'elle jaillit froide à 230 m à l'intérieur. César d'Arçon fit cette observation en été. Le puits existant encore à son époque et se comportant comme une cheminée, l'air chaud devait rentrer dans la galerie et échanger ses calories avec l'eau, ceci d'autant plus si celle-ci n'était déjà plus canalisée mais étalée sur toute la largeur de la galerie.
Enfin le carreau de la mine fut le siège de plusieurs sites d'exploitation du minerai qui font l'objet d'une fiche séparée.

La Canal